
Chez La Sportiva : quand les montagnes façonnent bien plus que des chaussures
Écrit par Ben Mounsey.
Images par Rich Gill Photography
Le trajet jusqu’à Ziano di Fiemme modifie doucement vos attentes.
À mesure que la route s’enfonce dans la Val di Fiemme en Italie, les Dolomites commencent à dominer chaque panorama. Des sommets calcaires imposants s’élèvent au-dessus de forêts denses, des rivières cristallines traversent la vallée, et chaque village semble intrinsèquement lié au paysage qui l’entoure. Il ne faut pas longtemps pour comprendre qu’ici, les gens ne se contentent pas de visiter les montagnes - ils vivent avec elles. Ils y travaillent, ils s’y divertissent et, dans le cas de La Sportiva, ils ont passé près d’un siècle à bâtir une entreprise autour d’elles.
Pour de nombreux traileurs britanniques, La Sportiva est reconnue comme l’une des plus grandes marques mondiales de montagne. En Italie, pourtant, c’est tout autre chose. Ici, elle fait partie intégrante de la vie montagnarde - une entreprise dont l’histoire est indissociable des personnes, du paysage et de la communauté qui l’ont façonnée depuis des générations.
Ce lien se perçoit dès mon arrivée au siège de l’entreprise.
Quelles que soient les attentes que j’avais en visitant l’une des marques les plus respectées du secteur outdoor, elles s’évanouissent dès que je franchis la porte.
Pas de formalisme d’entreprise, pas de présentations brillamment rodées, ni de discours soigneusement répétés.
À la place, je suis accueilli avec le sourire par Giulia Delladio et son frère Francesco, quatrième génération de la famille Delladio à diriger La Sportiva. En quelques minutes, Giulia disparaît dans la cuisine avant de revenir avec un café préparé à l’italienne, dans une cafetière moka.

C’est un geste tout simple, mais il me dit déjà tout ce que je dois savoir avant même qu’une seule question d’entretien ne soit posée.
Ce n’est pas de l’hospitalité parce que des membres de la presse sont arrivés. C’est simplement leur manière d’accueillir des gens dans leur maison.
La discussion s’engage sans effort. Ici, pas de hiérarchie perceptible, pas de discours corporate construit. À la place, une ouverture qui met instantanément tout le monde à l’aise. Giulia parle avec la même passion aussi bien de l’histoire de sa famille que des dernières innovations en matière de trail, tandis que Francesco raconte, plus discret, des anecdotes sur l’entreprise dont ils ont hérité et qu’ils façonnent ensemble.
Tout est personnel et authentique. Par-dessus tout, c’est une affaire de famille.
Impossible de ne pas voir de similitudes avec SportsShoes. Bien que séparées par des centaines de kilomètres et des paysages très différents, les deux entreprises partagent une vision remarquablement similaire. Comme Brett Bannister, propriétaire et directeur général de SportsShoes, la famille Delladio reste profondément impliquée dans chaque aspect de l’entreprise. Ils ne sont pas de lointains propriétaires retranchés dans des salles de réunion : ils sont immergés dans les décisions quotidiennes qui forgent l’entreprise, du développement des produits aux échanges avec les athlètes et les clients. L’entreprise n’est pas seulement restée familiale - elle fonctionne toujours comme une famille.
Cette philosophie devient le fil conducteur de tous nos échanges pendant mon séjour.
En parcourant le siège, entouré de près d’un siècle de chaussures d’alpinisme, de chaussures de montagne et de chaussures de trail, il devient vite évident que La Sportiva ne se définit pas simplement par les produits qu’elle fabrique. Ceux-ci sont juste le fruit d’autre chose, de beaucoup plus profond.
C’est l’histoire d’une famille, d’un paysage et du lien qui les unit.
Et la conviction que le meilleur équipement de montagne doit être conçu par ceux qui vivent réellement en montagne.
En discutant avec Giulia, il est clair que, même si elle représente la quatrième génération de la famille Delladio, elle ne parle pas comme une héritière. On dirait plutôt quelqu’un qui a grandi à l’intérieur même de l’entreprise.

Quand je lui demande à quel point son parcours a commencé tôt, elle rit.
« Tout le monde plaisante en disant que je suis née sur un salon professionnel. »
Elle n’est pas loin de la vérité.
« Mon père et mon grand-père se préparaient constamment à partir pour ISPO, » se souvient-elle. « Je les voyais charger la voiture, tout organiser, tout préparer. Un jour, j’avais environ neuf ans, j’ai demandé si je pouvais les accompagner. »
Mais il y avait une condition.
« Mon père m’a dit : ‘Si tu es réveillée à cinq heures du matin, avec ta valise prête, tu viens avec nous.’ »
Elle sourit en se remémorant ce moment.
« J’étais prête. »
Ce premier salon n’a pas été consacré à visiter les stands. Giulia préparait les cafés sur le stand, rencontrait les clients, observait les discussions et absorbait tout ce qu’elle pouvait sur l’entreprise familiale. Aujourd’hui, elle considère cela comme le début de sa propre aventure avec La Sportiva.
« Je pense que c’est pour ça qu’on dit que je suis née sur un salon, » rit-elle.
C’est une belle histoire, mais cela explique aussi tout le reste.
Aujourd’hui, Giulia occupe le poste de Chief Strategy Officer, supervisant la stratégie, le marketing et la R&D chaussures, textile et matériel. Mais en l’écoutant, les titres semblent presque futiles. Ce que l’on ressent par-dessus tout, c’est la volonté de préserver quelque chose qui a commencé bien avant elle et, elle l’espère, survivra encore longtemps.
Ce sentiment de responsabilité n’est pas enraciné dans une stratégie d’entreprise, mais bien dans un attachement au lieu.
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Conçu par la montagne
À mesure que Giulia raconte l’histoire de La Sportiva, un même fil rouge revient sans cesse : la montagne.
Pas comme simple décor. Pas comme une image de catalogue. Mais comme un élément actif dans chaque décision prise par l’entreprise.
Quand beaucoup de marques mondiales parlent d’authenticité, cela sonne souvent comme un slogan marketing. Chez La Sportiva, l’authenticité se mesure en altitude.
Le siège de l’entreprise se situe à environ 1 000 mètres d’altitude, à Ziano di Fiemme. À peine passé la porte de l’usine, on peut, en quelques minutes, grimper, skier ou courir dans l’un des plus beaux paysages montagneux d’Europe.

Pour Giulia, cette proximité n’est pas un hasard - c’est le plus grand atout de l’entreprise.
« Développer des produits pour les sports de montagne, en montagne, c’est notre différence, » explique-t-elle. « On quitte le bureau, et en quelques minutes on peut courir, skier, grimper, faire de l’alpinisme. Nos guides de montagne et nos athlètes viennent ici chercher les prototypes, les testent sur les sentiers puis nous font des retours. Ce n’est pas un slogan - c’est juste notre façon de travailler. »
C’est une philosophie d’une grande simplicité.
Plutôt que de s’en remettre uniquement aux laboratoires et à des tests en environnement contrôlé, les produits La Sportiva sont affinés dans les conditions mêmes pour lesquelles ils ont été conçus. Les montagnes autour du siège deviennent comme un prolongement du service Recherche & Développement, avec les athlètes locaux, les guides et les employés jouant tous un rôle actif dans l’évolution de chaque produit.
Difficile de trouver terrain de test plus authentique. Pourtant, rester au cœur des Dolomites n’est pas toujours le choix le plus facile sur le plan économique.
« D’un point de vue business international, » admet Giulia, « ça n’a pas beaucoup de sens d’être ici. On est dans une petite vallée, loin de l’autoroute. Tout prend plus de temps. Les camions aussi. La logistique est plus compliquée. »
Elle s’interrompt, puis sourit.
« Mais je pense que c’est l’un des ingrédients qui rendent tout ça possible. »
C’est peut-être la réponse la plus révélatrice de tout l’entretien.
À une époque où de nombreuses entreprises ont délocalisé production et centres de design pour plus d’efficacité, La Sportiva a fait un autre choix. La famille Delladio est restée fidèle à ce lieu d’origine, persuadée que c’est le paysage lui-même qui continue à façonner les produits qu’ils créent.
Et en se baladant dans le siège, cette conviction saute aux yeux.
Des chaussons d’escalade historiques côtoient les derniers prototypes de chaussures de trail. Les bottes d’alpinisme qui ont forgé la réputation de la marque trônent à côté des chaussures de ski-alpinisme en carbone et des chaussures de compétition modernes qui équiperont la nouvelle génération d’athlètes.

Il ne s’agit pas d’un récit de réinvention - mais bien d’évolution. C’est encore plus évident lorsque Giulia évoque les origines de la marque.
Bien avant que La Sportiva ne devienne synonyme des sports de montagne, son arrière-grand-père, Narciso Delladio, était simplement un artisan cordonnier.
La trace écrite la plus ancienne de l’entreprise remonte à 1928, lorsqu’il assiste à une foire à Milan. À cette époque, il réparait déjà et fabriquait des chaussures pour les agriculteurs, les bûcherons et tous ceux dont la vie dépendait des montagnes alentour. Le contexte était important.
Ce coin du nord de l’Italie a traversé de profonds changements politiques après la Première Guerre mondiale, et les Dolomites portaient un passé riche et troublé. Les chaussures n’étaient alors pas un produit mode : elles étaient un outil essentiel à la vie quotidienne dans la montagne.
« Mon arrière-grand-père n’a pas lancé une marque, » explique Giulia. « Il fabriquait et réparait simplement des chaussures pour ceux qui en avaient besoin. »
La nuance est importante.
La Sportiva n’a pas été créée pour vendre un “lifestyle” montagnard.
Elle est née parce que la montagne exigeait des chaussures pratiques, fiables.
Près d’un siècle plus tard, cette philosophie est toujours la base de l’entreprise.
Les produits ont radicalement changé, mais la raison d’être, elle, reste intacte.
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Des bottes de montagne à la Mountain Running®
Debout dans les archives de La Sportiva, entouré de presque un siècle de chaussures, Ben saisit l’une des premières chaussures de trail de la marque.
Impossible de la reconnaître selon nos standards actuels. Légère, minimaliste, résolument ancrée dans son époque, elle marque le début d’un chemin qui mènera, des années plus tard, à des modèles comme la Prodigio Pro, plusieurs fois primée.

Mais ce qui fascine Ben, ce n’est pas seulement la chaussure en elle-même. C’est le cheminement de La Sportiva pour y parvenir.
Contrairement à beaucoup de marques de running qui viennent de la route avant de s’attaquer au hors-piste, La Sportiva a abordé le trail running avec une approche radicalement différente.
« Nous ne sommes pas partis du running sur route, » explique Giulia, « nous sommes descendus de l’alpinisme. »
Cette phrase toute simple est peut-être la meilleure définition de la philosophie La Sportiva.
À la fin des années 90, l’entreprise est reconnue pour ses chaussons d’escalade et ses bottes d’alpinisme. Le trail, tel qu’on le connaît aujourd’hui, n’en est qu’à ses balbutiements, et peu de gens auraient pu imaginer la croissance fulgurante de la discipline.
L’inspiration ne vient ni d’une étude de marché, ni d’un repérage des tendances. Elle vient des gens qui travaillent dans l’entreprise.
« Tout le monde partait en montagne avec des chaussures de rando, » se rappelle Giulia. « Puis certains ont dit : ‘C’est trop lourd. On veut aller plus vite.’ Ils ont commencé à découper leurs chaussures, à essayer de les alléger. »
Elle rit en évoquant ces souvenirs, car c’était de l’innovation à l’état pur. Non motivée par le commerce, mais par la curiosité.
Ceux qui dessinaient les bottes de montagne étaient aussi ceux qui passaient leurs week-ends à gravir des sommets, à crapahuter sur les crêtes, à explorer les sentiers autour de Ziano di Fiemme. Évidemment, ils aspiraient à un équipement leur permettant d’évoluer plus rapidement et plus librement en montagne.
Ces expérimentations aboutirent aux toutes premières chaussures dédiées à la Mountain Running®. Le nom reflète déjà une approche différente.
« On voulait l’appeler Mountain Running, car c’est vraiment notre origine, » explique-t-elle. « On ne venait pas de la route. On voulait faire comprendre que nos racines étaient la montagne. »

En examinant ces premiers modèles, on distingue clairement l’héritage montagne : le laçage inspiré de l’escalade, les gommes adhérentes issues de décennies de chaussons d’escalade, et la précision du fit. Même la façon dont la chaussure était conçue pour aborder les terrains techniques, plutôt que de simples sentiers forestiers.
Tout en elles est un témoignage de l’héritage de l’entreprise.
Évidemment, les débuts n’étaient pas parfaits.
« Elles étaient très légères, » admet Giulia. « Mais le maintien était parfois insuffisant en descente. On apprenait au fur et à mesure. »
Cette capacité à apprendre se retrouve tout au long de notre échange. Contrairement aux entreprises qui pénètrent un secteur déjà existant, La Sportiva n’a suivi aucun plan - elle l’écrivait elle-même.
À chaque nouvelle génération de chaussure, les leçons s’accumulent : plus d’accroche, plus de stabilité, plus de durabilité, meilleure protection sans sacrifier la légèreté et la précision qui fait la réputation de la marque.
« On retrouve encore le lien avec la randonnée, mais on sent aussi le moment où La Sportiva a vraiment commencé à imaginer les chaussures modernes qu’on connaît aujourd’hui. »
« Nous étions des pionniers, » dit-elle. « Au début, nous ne connaissions rien au running. »
C’est une confession d’une grande honnêteté.
L’entreprise connaissait déjà la montagne. Il restait à apprendre un nouveau langage.
Elle a créé sa propre Mountain Running Cup, et ainsi fait découvrir la marque à des coureurs qui ne la connaissaient que pour l’alpinisme et l’escalade. Les chaussures se sont retrouvées dans les packs de finishers, les athlètes les ont essayées et, peu à peu, le bouche-à-oreille a fait son œuvre.
« Personne ne nous connaissait dans le trail à ce moment-là, » se souvient Giulia. « Il a fallu se réinventer tout en gardant notre héritage. »
Vingt ans plus tard, La Sportiva est devenue une référence dans le mountain running et partenaire majeur de la Lavaredo Ultra Trail - l’une des courses emblématiques du calendrier mondial.
En parcourant les archives, l’évolution paraît finalement naturelle.
Rien ne semble forcé. Chaque modèle ajoute un nouveau chapitre à la même histoire.
Une histoire qui a commencé avec des bottes de montagne. Et qui n’a jamais vraiment quitté la montagne.
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L’héritage n’est pas une question de mode
Poursuivant la visite des archives de La Sportiva, Ben s’arrête sur une vitrine qui expose l’un des chaussons d’escalade les plus emblématiques de la marque. Même selon les standards actuels, il paraît étonnamment moderne. Des touches de violet et de jaune se marient au logo La Sportiva, immédiatement reconnaissable, créant un design aussi pertinent aujourd’hui qu’il l’était il y a plus de quarante ans.
Ben fait remarquer que beaucoup de gens seraient encore prêts à porter cette chaussure aujourd’hui, lui y compris.
Giulia sourit. Les couleurs ne sont pas inspirées par la mode, mais bien par la montagne.
« Mon père et mon grand-père voulaient bousculer les codes, » explique-t-elle. « À l’époque, les chaussons d’escalade étaient surtout marron, noir ou gris. Mais tous les jours, mon grand-père marchait en montagne, voyait les fleurs alpines - les jaunes, les violettes, toutes ces couleurs magnifiques. Il s’est simplement demandé : ‘Pourquoi nos chaussures ne ressembleraient-elles pas à ça ?’ »
C’est encore une histoire merveilleusement simple et le rappel que La Sportiva s’est toujours inspirée d’abord de son environnement, jamais du marché.
Aujourd’hui, ces couleurs font partie intégrante de l’identité de la marque, et l’audace d’hier est devenue intemporalité.
La conversation se tourne naturellement vers la popularité croissante des chaussures outdoor même loin de la montagne.
Les chaussures de trail ne se limitent plus aux sentiers ou aux courses. On les voit de plus en plus en ville, dans les cafés ou pour un usage quotidien, appréciées autant pour leur style que pour leurs performances techniques.
Ben demande si La Sportiva a délibérément accompagné ce mouvement.
La réponse de Giulia est immédiate.
« On ne parle pas vraiment de mode, » dit-elle.
Ce n’est pas un rejet du changement - loin de là. Elle sait que beaucoup de gens choisissent la marque pour ce qu’elle incarne. Porter une chaussure technique de montagne, c’est parfois afficher une connexion avec la nature, même en marchant dans Milan plutôt que dans les Dolomites.
« Les gens ont envie de faire partie d’une communauté, » souligne-t-elle. « Ils choisissent parfois nos chaussures parce qu’ils se reconnaissent dans ce que la marque représente. »
Mais elle établit une différence capitale. La Sportiva n’a jamais conçu ses produits pour répondre à des tendances de mode - la performance passe toujours avant tout. Un autre point commun avec SportsShoes.

Si un produit hérité revient dans la collection, ce n’est pas pour surfer sur la nostalgie. C’est parce que la marque considère qu’il raconte encore une histoire technique intéressante.
Giulia évoque la remise au goût du jour de modèles comme la TX4, retravaillée avec des matériaux et des constructions modernes, tout en préservant l’ADN de design qui les a rendus iconiques.
« Lorsqu’on revisite notre héritage, » explique-t-elle, « on veut toujours apporter quelque chose. On veut que les gens achètent la chaussure parce qu’ils en ont besoin, pas juste parce qu’elle est belle. »
Voilà une philosophie de plus en plus rare.
Dans une industrie où les produits techniques deviennent des objets mode du jour au lendemain, La Sportiva a su résister à la tentation de suivre les tendances.
À la place, c’est l’authenticité qui guide tout son design. Peut-être est-ce pour cela que ces anciens chaussons paraissent encore si actuels.
Ils n’ont pas été créés pour suivre la mode - ils sont nés pour répondre à un besoin. Leur beauté résulte presque du hasard.
En arpentant les archives, impossible de ne pas se rendre compte d’un autre élément récurrent. Chaque produit raconte une histoire - pas uniquement d’innovation. Mais aussi celle des personnes qui l’ont imaginé, testé et approuvé en montagne, bien avant qu’il n’arrive en magasin.
Pour Giulia, c’est là tout le sens de l’héritage.
Ce n’est pas préserver le passé, mais porter ses leçons vers l’avenir.
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Vingt ans d’apprentissage
En sortant des archives pour entrer dans l’espace développement produit de La Sportiva, la discussion évolue naturellement vers le futur.
Sur les murs, constructions explosées, composants prototypes et les derniers ajouts à la gamme trail-running. Plus qu’un showroom, on a l’impression d’être dans un atelier - des idées exposées, prêtes à être façonnées.
Ben se précipite sur la Prodigio Pro, probablement la chaussure de trail running la plus réussie de l’histoire de la marque.
Après avoir passé des années à observer le marché du trail-running, et vu défiler d’innombrables nouveautés, son enthousiasme est palpable.
« J’ai sincèrement trouvé que c’était l’une des vraies ruptures en trail l’an dernier, » confie-t-il à Giulia. « Mais ce qui m’a impressionné, ce n’est pas tant la chaussure que la façon dont les gens l’ont découverte. Il n’a pas fallu la pousser : le bouche-à-oreille a suffi. »
Il rit, se rappelant les clients qui demandaient sans cesse si une nouvelle livraison allait arriver chez SportsShoes.
« Les gens cherchaient toujours leur pointure. On recevait du stock, et le lendemain tout était parti. Je n’ai même pas pu avoir une paire pour moi avant des mois ! »
Giulia sourit.
La reconnaissance fait plaisir, mais la conversation revient très vite sur l’équipe derrière le produit.
« Il faut féliciter Nicola, » dit-elle en parlant du designer et développeur chaussures de La Sportiva. « Il a fait un travail incroyable. »
Encore une subtilité révélatrice de la culture de l’entreprise.
Tout au long de la journée, Giulia ne parle jamais de succès individuel. Le mérite est partagé, naturellement - avec les designers, développeurs, athlètes et collègues. Les chaussures portent le nom La Sportiva, mais derrière chaque modèle, il y a une équipe qui construit un savoir-faire depuis des décennies.
En écoutant la discussion, il est clair que la Prodigio Pro ne vise pas une tendance de marché. Elle condense vingt ans de compréhension des exigences réelles du coureur de montagne.
« Nous avons transféré tout ce que nous avons appris de l’escalade et l’alpinisme, » explique Giulia, « et peu à peu, nous avons adapté cette expertise au running. »
Ce principe irrigue aujourd’hui toute la collection trail-running.
La famille Prodigio a ouvert La Sportiva à un public plus large que jamais, offrant des chaussures à hautes performances, toujours ancrées dans l'ADN montagne de l’entreprise, mais capables d’accompagner aussi bien l’entraînement quotidien que les ultra-trails les plus extrêmes au monde.
Mais l’innovation ne s’arrête jamais.

Au fil de notre échange, Giulia présente l’un des produits qu’elle attend avec le plus d’impatience pour les prochaines saisons.
La Talento Pro.
Attendue pour la collection Printemps/Été 2027, la Talento Pro marque la prochaine évolution de la gamme performance trail de La Sportiva. Si la Prodigio Pro s’est imposée sur les longues distances et le confort prolongé, la Talento Pro a été pensée pour un autre profil d’athlète.
« Elle vise les courses courtes et moyennes distances, » explique Giulia. « Le maître-mot, c’est légèreté, précision, stabilité et technique. »
Ben saisit la chaussure, l’examine sous toutes ses coutures. Dès le premier coup d’œil, la filiation saute aux yeux.
Le design est clairement La Sportiva, avec plus d’intention, plus d’agressivité - une chaussure conçue pour la vitesse, sur des terrains techniques.
« On retrouve tout ce qu’on a appris sur la Prodigio Pro, » observe Ben.
Giulia acquiesce.
« Exactement. Tout ce que l’on a appris se retrouve ici. La Prodigio Pro reste notre chaussure de course longue distance, alors que la Talento Pro cible les efforts plus rapides sur des distances plus courtes. Ensemble, elles forment une gamme complète pour le coureur de montagne. »
Étonnamment, elle parle d’évolution plutôt que de révolution.
Nulle promesse de “réinventer” le trail, ni d’annonce de technologie miracle.
Ici, chaque nouveau produit est une avancée patiente, nourrie par des décennies d’expérience et des milliers d’heures de tests sur les sentiers des Dolomites.
Dans la pièce, entouré de composants prototypes et d’échantillons, l’évidence saute aux yeux : chez La Sportiva, l’innovation ne se mesure pas à la rupture, mais au degré de rapprochement avec la montagne qui inspire tout.
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Bien plus qu’une marque de chaussures
En fin d’après-midi, je repense à une phrase, presque glissée en passant, de Giulia :
« Nous ne sommes pas juste des propriétaires. »
Ce n’est ni un slogan ni un argument de communication. Elle ne s’en explique pas. Inutile.
En quelques heures, Giulia et Francesco (sur la photo ci-dessous) m’en ont donné la preuve.
Ils nous ont accueillis personnellement.
Ils ont partagé avec une fierté sincère l’histoire de leur arrière-grand-père Narciso Delladio, loin de tout discours commercial calibré.
Ils ont parlé sans détour des difficultés à rester dans une petite vallée de montagne, alors qu’il aurait été plus simple, économiquement, de partir depuis des décennies.
Ils ont fêté les réussites de leurs designers, développeurs et athlètes avant de parler de leurs propres accomplissements.
Et avant même que l’on évoque une seule chaussure, Giulia nous a tous fait un café.
Avec du recul, ce geste résume sans doute tout ce que La Sportiva représente.
Pendant près d’un siècle, la société a résisté à la tentation de devenir ce qu’elle n’est pas.
Elle n’a pas cédé à l’appel de la mode.
Elle n’a pas oublié ses racines.
La croissance ne l’a pas éloignée des valeurs qui ont fait son succès.
Au contraire, elle reste étonnamment fidèle à ses débuts.
Cela ne veut pas dire rester figé - loin de là.
Des premières bottes cousues main par Narciso Delladio, à la Prodigio Pro, jusqu’à la prochaine Talento Pro, les produits La Sportiva n’ont cessé d’évoluer. Les matériaux changent, les techniques progressent, les athlètes repoussent sans cesse les limites.
Pourtant, la philosophie reste immuable.
Concevoir les produits en montagne.
Les tester en montagne.
Écouter ceux qui y vivent.
Et faire chaque génération un peu meilleure que la précédente.
Une approche étrangement patiente, dans une industrie obsédée par l’innovation immédiate.
En quittant Ziano di Fiemme, je réalise que le plus marquant, ce ne sont ni une chaussure ni une technologie particulière. C’est ce sentiment que La Sportiva est exactement à sa place.

La marque semble indissociable des montagnes environnantes.
Son histoire est liée à la communauté locale.
Ses produits sont modelés par le terrain qu’on voit des fenêtres.
Et son avenir est toujours guidé par une famille consciente de ne pas simplement diriger une affaire commerciale - mais bien de protéger un héritage.
Pour de nombreux coureurs britanniques, La Sportiva est LA référence de la chaussure de montagne. Mais une journée passée chez elle, au cœur des Dolomites, suffit à comprendre que c’est beaucoup plus que cela.
C’est une partie du paysage.
Une partie de la communauté.
Une part de la famille Delladio.
Et c’est sans doute le vrai secret de La Sportiva.
Près d’un siècle après que Narciso Delladio ait commencé à fabriquer ses chaussures au pied de ces montagnes, l’entreprise prouve toujours que le progrès n’a pas à se faire au détriment de l’héritage.
Au contraire, son avenir est d’autant plus solide qu’elle n’a jamais oublié d’où elle vient.
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