Compétitions

Tout ce que personne ne vous dit sur la course ultra


Vous vous êtes inscrit à votre premier ultra et vous étudiez la liste des équipements obligatoires.

Veste imperméable. Lampe frontale. Bonnet et gants chauds. Couverture de survie.

Ce que cette liste ne vous dit pas, c’est ce qui se passe après dix heures passées debout.

Elle ne vous explique pas à quelle fréquence vous penserez à changer de chaussettes. Pourquoi une bonne tasse de thé pourrait être le remède salvateur dont vous aurez besoin à trois heures du matin. Comment, quelque part entre deux points de ravitaillement, vous finirez par ne plus vous soucier le moins du monde de l’endroit où vous irez soulager vos besoins naturels.

Imo Boddy, coureuse d’ultra et athlète Salomon, connaît ces réalités mieux que quiconque. En 2022, elle est devenue la plus jeune femme connue à avoir parcouru la Grande-Bretagne de long en large, couvrant plus de 497 km, de John O’Groats à Land’s End.

S'il est relativement facile de trouver des conseils pour se préparer à une course d’ultra sous la forme de programmes d’entraînement, de stratégies nutritionnelles et de listes de contrôle, ce sont parfois les réalités pratiques qui sont les plus difficiles à cerner.

Ainsi, plutôt que de discuter avec Imo de sa dernière expérience de course lors du South Downs Way 100 miles, nous lui avons posé les questions que la plupart des coureurs se posent en silence.

Ses réponses révèlent une facette de la course d’ultra-fond qui figure rarement dans les guides.


Qu'est-ce qui ne figure pas sur la liste des équipements obligatoires ?

Pas obligatoires. Pas très glamour. Mais il faut bien l'admettre, souvent indispensables.

« Les Gin-Gins. »

Imo nous explique : « Ce sont de petits bonbons au gingembre durs qui aident à lutter contre les nausées. »

Comme beaucoup d’ultra-coureurs, elle sait trop bien que la course de fond n’est pas seulement une épreuve physique. Parfois, la capacité à gérer la révolte silencieuse qui se déroule dans vos intestins peut être tout aussi importante que la force de vos jambes.

Des heures d’effort, un ravitaillement constant et la fatigue peuvent amener même les coureurs expérimentés à lutter contre des vagues de nausées. Le mécanisme derrière ce phénomène est impitoyable mais simple : plus vous courez longtemps, plus votre corps donne la priorité aux muscles sollicités et à la régulation de la température, détournant ainsi le sang du système digestif.

Ce que les listes d’équipement obligatoire ne vous disent pas vous est révélé par l'expérience.

Lorsqu’ils préparent leur équipement pour la première fois, la plupart des coureurs s’inquiètent du poids, mais demandez à un athlète qui a couru de multiples ultra, et la conversation ne portera presque jamais sur le poids.

« Pour la préparation du sac, je conseille avant tout de bien répartir son équipement », explique Imo. « N'y mettez pas tout votre équipement, et n'enfoncez pas ce que vous y mettez vers le fond. Si vous portez une ceinture de course, mettez-y certaines de vos affaires. Et en matière de ravitaillement, assurez-vous d’avoir toute votre nourriture, votre hydratation et tout ce dont vous avez besoin à portée de main. Ne jetez pas tout votre ravitaillement au fond, là où vous ne pouvez pas y accéder sans vous arrêter. »

L’efficacité l’emporte toujours sur la réduction du poids. Il ne s’agit pas de gagner quelques grammes, mais d’accéder facilement à l’essentiel.

« Mon sac de course aujourd'hui est complètement différent de celui de mon premier ultra », se souvient-elle. « À l’époque, mon sac n’était pas bien ajusté, les objets les plus lourds se trouvaient tout au fond dans mon dos, et je n’étais pas du tout efficace ! »



Les vêtements secs valent leur pesant d'or

Tous les coureurs d’ultra finissent par tirer les mêmes leçons. L’une d’entre elles est que le fait de se mouiller n’est généralement pas le problème. C’est le fait de rester mouillé.e qui risque le plus de vous mettre à genoux.

Quand jour fait place à la nuit et que votre température corporelle commence à baisser en même temps que celle de l’air ambiant, les couches de vêtements humides ne sont plus une simpe source de gêne ; elles deviennent un véritable handicap.

« Si je cours toute la nuit, je change de vêtements à 100 % », explique Imo.

« Surtout si j’ai eu chaud pendant la journée. Il n’y a rien de pire que d’avoir des vêtements mouillés et d’avoir froid pendant la nuit. »

Le confort est souvent considéré comme un luxe dans les sports d’endurance. En réalité, c’est parfois ce qui permet aux coureurs de continuer à avancer.

Une petite décision comme le choix d’une couche sèche peut complètement changer la façon dont on vit une course. Ce qui semblait gérable à la lumière du jour peut rapidement devenir épuisant une fois que la fatigue et le froid s’installent.

Et puis il y a le point de contact le plus crucial de tous : vos pieds.

« Lors de mon dernier 100 miles, je n’ai pas changé de chaussettes », admet-elle. « C’était une course assez rapide pour moi — je l’ai bouclée en 17 heures — donc ce n’était pas strictement nécessaire. Mais si je cours tard dans la nuit, ou si j’ai les pieds mouillés à cause de traversées de rivières et de marécages, je les change sans hésiter. »


Imo boddy running south downs 100


Les dures réalités de l'ultra-trail dont personne ne parle

Malgré les levers de soleil grandioses et les majestueux paysages montagneux, l’ultra-trail reste un sport intensément viscéral, brutal. Il a le don de remettre en question ce que nous considérons comme socialement acceptable en l’espace de seulement 15 km.

Nous avons tous entendu des histoires d’horreur sur les ongles noirs et les ampoules, mais à quel point les pieds souffrent-ils vraiment lors d'une course ultra ?

« Je vais être honnête, vos pieds finissent par être dans un état assez lamentable », a déclaré Imo sans détour. « Je ne connais pas beaucoup de coureurs d'ultra qui aient de jolis pieds, voire aucun. Quand j’ai traversé le Royaume-Uni en courant en 2022, c’était ma toute première expérience d’une course de plusieurs jours, et l’humidité constante m’a valu un léger « pied des tranchées ».

Et puis il y a ces fonctions humaines élémentaires que la plupart des gens, en dehors de ce milieu sportif, ne comprennent peut-être pas pleinement.

« Je dirais qu'il y a deux réalités un peu dégoûtantes dont on ne parle pas assez. La première, c'est la façon dont on fait ses besoins », explique-t-elle. « On apprend à se soulager n’importe où sur les sentiers, et on perd très vite toute pudeur à ce sujet. »

« La deuxième, c'est le fait qu'on sent vite mauvais. On vit en quelque sorte dans sa propre odeur corporelle pendant toute la durée de la course, on l’accepte, et on continue d’avancer. »

Les points de ravitaillement deviennent bien plus que de simples endroits où remplir ses gourdes et prendre de quoi manger.

« Je ne me lave pas forcément de fond en comble à un point de ravitaillement », explique Imo, « mais je m’essuie avec un gant de toilette pour enlever le sel, ou je me recouvre de glace et d’eau s’il fait une chaleur torride. Je trouve que les points de contrôle changent complètement la donne, tant physiquement que mentalement. C’est une remise à zéro totale. »

À partir de quand le plaisir redescend-il ?

C’est une question à laquelle presque tous les coureurs d’ultra-marathon doivent finir par trouver leur propre réponse.

Pour Imo, la réponse est plutôt simple.

« Ça cesse d’être un plaisir quand on a mal ou qu’on manque d’énergie », explique-t-elle. « Mais si on se trouve dans un endroit magnifique et qu’on a de quoi se ravitailler… le plaisir peut revenir. »

Le plaisir n’est pas constant. Il va et vient. Mais surtout, on peut le retrouver. C’est peut-être là l’idée la plus utile pour quiconque s’apprête à disputer sa première course de fond ?

Car la « difficulté » d’un ultra ne se résume que rarement à la fatigue des jambes qui s’accumule au fil du temps. Le plus souvent, la « difficulté » se manifeste dans les heures calmes et profondes du petit matin, lorsque votre esprit commence à vagabonder vers des pensées sombres.

« Il y a des moments où plein de pensées vous traversent la tête, et d'autres où vous ne pensez à rien », explique Imo, en repensant à ces tronçons nocturnes. « Si ça bouillonne, c’est que vous combattez activement vos démons. Si c’est le vide, vous vous contentez d’avancer machinalement. Votre d’esprit est votre plus grande force dans un ultra, mais aussi votre plus grande faiblesse quand vous vous battez contre lui. »

Et dans ces moments-là, la réponse n’est pas toujours d’ordre technique.

La plupart des guides d’entraînement parlent d’électrolytes, de rythme et de stratégies d’alimentation. Au plus haut niveau, on a tendance à penser que chaque décision repose sur des données scientifiques. Mais la réponse peut en réalité se trouver dans quelque chose de bien plus personnel.

De petits réconforts deviennent des points d’ancrage.

« Le moment le plus difficile survient généralement quand on est au plus bas en énergie », explique-t-elle. « J’essaie donc de prendre un peu de nourriture, et je mets une chanson. J’ai souvent une chanson spécifique pour chaque course ou défi que j’ai relevé. Je la mets en boucle et je me concentre, car je sais qu’un regain d’énergie va bientôt revenir. »

Et parfois, c’est encore plus simple que ça.

« Savourer la chaleur d’une tasse de thé quand je suis au plus bas pendant un ultra, ça change tout. »

Pour cette coureuse du Yorkshire, ce n’est pas simplement un petit luxe dans son sac de course. C’est une nécessité.

Imo Body sur la ligne d'arrivée du South Downs 100

Bien plus qu'une simple course à pied

La plus grande surprise est peut-être que l’ultra-trail n’est pas tout à fait ce que la plupart des gens s'imaginent.

De l’extérieur, il peut apparaître comme un sport extrêmement rude. Une épreuve de condition physique, de discipline et de souffrance sur des distances extrêmes.

Mais lorsqu’on passe suffisamment de temps à discuter avec des coureurs d’ultra-trail expérimentés, une image bien différente se dessine. Bien sûr, il y a des moments difficiles. Des pieds mouillés, de longues nuits et parfois des larmes.

Mais il y a aussi des tasses de thé aux points de ravitaillement, des pauses pour marcher et des levers de soleil à admirer.

La plus grande idée reçue est peut-être de croire qu"une course ultra consiste à courir à plein rythme du départ à l'arrivée.

Comme le dit Imo Boddy : « On n’a pas nécessairement besoin de gérer son rythme dans un ultra. À mon avis, la clé du succès, c’est de se fier à ses sensations et de veiller à ne jamais trop forcer, surtout lors des efforts prolongés. »

La beauté des ultras, dit-elle, « c’est que c'est tout simplement l'occasion de passer des journées extraordinaires sur les sentiers ».

Les indispensables d'Imo pour le South Downs 100

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